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Kosmopolite et Bagnolet : quelle culture pour quelle identité culturelle ?

Kosmopolite et Bagnolet : quelle culture pour quelle identité culturelle ?


Au-delà de la promotion du graffiti, le festival Kosmopolite est un moyen de révéler le territoire, ses particularismes et de participer à la construction de son identité. Dans On peut alors se demander comment le festival opère une transformation de l’objet culturel en élément culturel lié à l’identité de la ville. Du culturel « artistique », le festival passe au culturel identitaire, au sens anthropologique du terme. Denys Cuche explique dans son ouvrage La notion de culture dans les sciences sociales que « le concept de stratégie peut expliquer les variations identitaires, ce qu’on pourrait appeler les déplacements de l’identité. Il fait apparaître la relativité des phénomènes d’identification. L’identité se construit, se déconstruit et se reconstruit suivant les situations. Elle est sans cesse en mouvement ; chaque changement social l’amène à se reformuler de façon différente » .



Ainsi dans cette optique on peut se questionner sur le rôle du festival dans la construction identitaire actuelle de Bagnolet. Puisque l’identité est relative, évolutive, changeante, il s’agit de voir dans quelle mesure le festival contribue à façonner l’image et le fonctionnement de la ville.

L’association Kosmopolite en développant le festival place Bagnolet comme capitale du graffiti, comme un point central, incontournable de la culture graphique urbaine. Il y a donc là un processus de « stratégie identitaire », de construction de l’identité culturelle de la ville. S’ajoute à cela le fait que les organisateurs du festival sont, pour certains, habitants de Bagnolet et qu’ils développent ainsi une relation affective à leur territoire. Enfin, Bagnolet s’inscrit dans une longue tradition de la peinture urbaine comme le souligne Kamel Bramy :  
« Il faut savoir que l’est de la région parisienne a déjà une réputation de coin à graffeurs - Montreuil, Bagnolet - c’est dans une histoire, dans une tradition. Ça aurait pu être organisé ailleurs. Mais c’est vrai que le fait que ce soit organisé à Bagnolet ça a du sens, au regard de l’histoire de cette banlieue là par rapport à la culture du graffiti. » (Kamel Bramy).

Dans ce contexte, Kosmopolite prend tout son sens. Il perpétue et rend vivant un aspect de la dimension culturelle de la ville. Le festival serait le miroir, le médiateur d’un pan identitaire de Bagnolet qui n’a peut-être jamais été mis en avant. C’est ce que semble confirmer Francis Lepape :
« Disons que cela confirme une image qui préexistait déjà. Le festival Kosmopolite confirme l’image d’une ville entreprenante, jeune, ouverte, un peu audacieuse. Bagnolet a cette image là, contrairement à d’autres qui ont des images de villes cités dortoirs, de villes bourgeoises ou de villes ghettos.  Bagnolet a une image de ville très culturelle, très ouverte, donc Kosmopolite vient confirmer cette image. Je ne crois pas que ce serait juste de dire que le festival l’a fabriquée ou a été à l’origine de cette image mais c’est une confirmation.»
Gilbert Petit, quant à lui, explique que le rapport entre les artistes et la population amène les gens à intégrer le travail des graffeurs comme quelque chose d’inhérent à Bagnolet, et en ce sens les murs peints deviendraient des éléments identitaires pour la ville :
« C’est ce qui fait la différence entre les gens du milieu du graffiti qui ne voient pas le travail avec la population et avec la ville mais qui voient surtout leur travail personnel et la surface qu’ils occupent. Nous on se rend compte que le travail qu’on fait amène la ville et les gens à incorporer les fresques comme étant des éléments urbains à part entière de leur ville, faisant partie de l’identité de la ville.»

Dominique Brigaud apporte un discours plus nuancé concernant le côté structurant du festival pour l’identité de la ville :
« Moi je ne dirais pas un élément structurant même s’il a un rôle important dans la ville, je ne pense pas que ce soit un élément structurant. Non, parce que la ville a une identité culturelle qui est très forte depuis longtemps, en fait c’est un des développements, mais pas un élément structurant, ce serait un peu trop exagéré. »
Les réflexions de Beam à ce sujet sont particulièrement intéressantes parce qu’il pointe justement l’idée de relativité de l’identité. Il explique que lorsque l’on parle de Bagnolet ou de Montreuil à des « jeunes », le graffiti est ce qui vient à l’esprit. Ce qui sous-entend que l’identité, l’image d’un territoire dépendrait du facteur générationnel et de la façon d’appréhender la ville. L’identité n’est pas absolue mais elle se plie aux images que les différents acteurs sociaux peuvent avoir de la ville. Pour autant Beam ne conçoit pas le graffiti comme relevant de l’identité de la ville, selon lui l’identité « c’est ancré ».
« Par exemple le prolétariat est identitaire à Bagnolet, le communisme de base aussi. Le graffiti ne fait pas encore partie de l’identité de Bagnolet, le festival n’est pas encore quelque chose que tout le monde connaît et suffisamment ancien pour qu’on l’associe à l’identité de la ville. Tout se joue par rapport aux générations à venir. Je croise les doigts pour que dans 15 ans il y ait encore Kosmopolite, tout le monde pense que le graff, le rap ça va passer mais ça tient toujours. »
Ainsi, le phénomène identitaire se construirait au fil du temps et le festival Kosmopolite ne serait un élément identitaire que s’il perdurait au-delà des générations qui ont connu ses débuts. Le facteur temps semble un élément déterminant pour juger du caractère identitaire d’un élément culturel.

Le festival serait en quelque sorte le médiateur entre la pratique du graffiti et le territoire bagnoletais à trois niveaux :
-    dans ce qu’il révèle de l’identité de la ville : le festival s’inscrit dans un tradition de la peinture urbaine et met au jour un particularisme artistique caractéristique de la ville de Bagnolet.
- dans ce qu’il confirme de l’identité de la ville : le festival intervient comme un objet culturel confirmant une image de la ville ouverte, dynamique, en interaction avec la pratiques contemporaines, donc avec le graffiti.
-    dans ce qu’il « anticipe » de l’identité de la ville : le festival, à terme, permettrait au graffiti d’être un élément culturel identitaire de la ville et considéré comme tel.
Denys Cuche explique aussi que « l’identité apparaît comme un moyen pour atteindre un but. Le concept de stratégie indique aussi que l’individu, comme acteur social, n’est pas dépourvu d’une certaine marge de manœuvre. (…) L’identité se construit à travers les stratégies des acteurs sociaux. » . Les organisateurs du festival, en tant qu’acteurs sociaux utilisent cette marge de manœuvre pour donner corps à une partie identitaire qu’ils veulent signifiante dans l’image de leur ville. Ils opèrent également dans un but précis puisqu’à travers cette stratégie identitaire c’est le festival Kosmopolite qui est reconnu. Il y a donc une double logique indissociable dans leur démarche, le festival et Bagnolet sont liés et se servent mutuellement dans la structuration de leur devenir culturel artistique et anthropologique.
 
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Dernière mise à jour du site: 21 October 2008, 8:47