Festival Kosmopolite
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Le festival Kosmopolite ou la structuration exogène du graffiti | Le festival Kosmopolite ou la structuration exogène du graffiti |
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Le festival Kosmopolite ou la structuration exogène du graffiti Désormais il ne s’agit plus de voir en quoi la pratique s’est structurée en interne dans sa démarche artistique, mais comment le festival a développé des éléments qui assurent le développement « externe » de la pratique : son image, son rayonnement, sa diffusion. Nous avons là encore dissocié deux orientations dans l’étude de ces paramètres : - l’évolution du graffiti dans sa légitimation auprès des institutions - l’évolution du graffiti dans sa reconnaissance auprès des médias et du grand public • Evolution du graffiti dans sa légitimation auprès des institutions Le festival Kosmopolite a d’abord existé grâce à l’engagement de ses artistes et organisateurs, mais aussi parce que la ville de Bagnolet lui a apporté un soutien non négligeable. Les premières années, la mise en place fut expérimentale, mais peu à peu l’association Kosmopolite a su faire preuve d’initiative et de professionnalisme pour justifier et affirmer la place du festival dans la ville. Kosmopolite a alors gagné la confiance des institutions et a développé différents partenariats avec les structures culturelles de Bagnolet. Le festival présente ainsi depuis trois ans des expositions à la médiathèque de Bagnolet, à la librairie Kitchen 93 et de nombreux courts-métrages ont été projetés au Cin’hoche. Ce réseau s’est construit petit à petit et a renforcé l’implantation du festival sur le territoire bagnoletais. Gilbert Petit souligne que ces relations, qui ont permis d’avoir des murs en toute légalité et des espaces d’expression, accroissent la légitimité de la pratique : « Je pense que c’est leur rôle [aux institutions], que c’est un peu normal. Ça permet une légitimité qui était désirée mais pas forcément attendue. Avoir des murs sur lesquels on peut peindre, c’est une satisfaction, tout d’un coup on est sur une pratique qui pourrait être assimilée au sport. Il y a des murs pour pouvoir peindre comme il y a des stades et des infrastructures pour pratiquer le sport. […] La médiathèque en tant que lieu culturel doit se faire l’écho des pratiques culturelles en général dans ce qu’elles ont de plus diversifié. Pour moi elle apparaît normale cette reconnaissance mais elle ne l’est pas pour tout le monde. Et l’engagement, l’ouverture qu’ont les institutions sur Bagnolet prouve que l’enjeu n’est plus à se dire culture jeune ou culture vandale, le graffiti devient un élément constructif qui doit amener des réflexions. Donc du coup on l’analyse, on le diffuse, on l’annonce et on lui donne les moyens pour qu’il puisse se développer.» C’est toute la ville de Bagnolet qui s’engage auprès des arts urbains pour défendre le graffiti comme un pan à part entière de la création contemporaine. Dominique Brigaud affirme sa détermination dans l’idée de donner une chance aux diverses expressions artistiques de pouvoir exister. Il y a là une reconnaissance qui permet de faire évoluer la pratique car le jugement de valeur est supplanté par le jugement artistique. Cette logique de raisonnement, qui a souvent manqué dans l’appréhension du phénomène graffiti, est aujourd’hui déterminante dans son évolution : « Les arts urbains sont une des orientations évidentes du lieu que nous souhaitons promouvoir et développer. Les orientations d’une médiathèque comme celle de Bagnolet sont de défendre tout ce qui relève de la création contemporaine donc obligatoirement, les arts urbains à l’heure actuelle ça en fait partie, comme on travaille aussi sur la poésie et la littérature contemporaine. Nous abordons aussi la poésie urbaine, ça rentre en ligne de compte. Les arts urbains rentrent naturellement dans la politique d’un lieu comme le nôtre.» (Dominique Brigaud) Le directeur du service du développement culturel de Bagnolet, Francis Lepape, insiste sur le fait que la forme festivalière est un enjeu pour le graffiti dans sa légitimation au sein du monde de l’art. Le soutien des collectivités, qui ont donné au festival les moyens d’exister, lui permettent indirectement d’entrer dans le monde de l’art avec tout ce que cela implique de reconnaissance et d’intérêt pour la pratique. Cependant il nuance, dans un second temps, ses propos en expliquant que même s’il devient une composante de l’art contemporain, le festival n’a pas complètement réussi son challenge du fait que le grand public, quant à lui, ne lui confère pas encore ce statut. D’autres initiatives pourraient venir compléter le travail amorcé par Kosmopolite : « Je pense que le festival contribue à faire grandir l’idée que le graffiti est une composante de l’art contemporain, au même titre que la danse hip-hop pourrait devenir une composante de la danse contemporaine. […] Mais je n’irai pas jusqu’à dire que pour le grand public, la peinture murale et le graffiti soient considérés comme un art à part entière, je ne pense pas. Ça pourrait le devenir via le festival, via des lieux, des galeries, des livres aussi, mais le graffiti gardera toujours quand même un côté underground.» • Evolution de la pratique dans sa reconnaissance auprès des médias et du public Gilbert Petit quant à lui souligne la différence entre le festival et les jams du point de vue du public : Kosmopolite ne s’inscrit pas dans les mêmes objectifs car il ne s’adresse pas au même public, il cherche à toucher un public le plus large possible, au-delà du monde des graffeurs. De plus en invitant des artistes reconnus, il les place comme des références dans le milieu, références que le grand public peut enfin connaître. Désormais l’artiste est confronté au regard du spectateur et le phénomène de « starification » induit aussi une hiérarchie dans les niveaux de maîtrise de l’art et donne des repères au public qui peut mieux saisir les différentes qualités des œuvres. Le public peut discuter avec les artistes invités et ensuite passer dans la partie « off » du festival pour voir des pratiques plus amateurs. Il aiguise son jugement et affine sa perception de la pratique : « Ici on ne vient pas seulement pour peindre, comme dans une jam où on se rencontre uniquement pour peindre, mais on vient aussi pour voir. Les personnes invitées sont invitées en tant qu’artistes et ont une reconnaissance comme tel. Après, tout ce qui se passe autour dans le « off », ça on peut considérer que c’est une jam : des graffeurs viennent peindre et recouvrent et recouvrent sans cesse les autres graffs. Pour Kosmopolite il y a une programmation avec une série de peintres qu’on vient voir.» (Gilbert Petit) Les propos de Beam soulignent le côté encore insuffisant de la démarche. Selon lui, si Kosmopolite veut toucher le plus de personnes possible, il devrait à la fois se développer dans d’autres lieux au sein de la ville mais également rayonner dans tout le département : « Si tu veux toucher un maximum de gens, je pense qu’il ne faut pas faire le même truc au même endroit tous les ans, sinon ce seront toujours les mêmes personnes qui vont passer par là. Il faut jouer sur la proximité et moi je trouve ça dommage que Kosmopolite ce ne soit pas quelque chose qui agisse sur tout le département avec des financements adéquats de la région et du département (…). Mais bon après j’imagine que ça doit être dur et le festival n’a que cinq ans, c’est encore jeune.» Ainsi, le festival permet aussi de faire évoluer les regards sur la pratique, c’est un enjeu très important car cela prouve qu’il a un impact sur les mentalités. Kamel Bramy, directeur de cabinet de l’Office Public d’Habitats à Loyers Modérés, souligne à ce sujet le rôle du festival. A travers Kosmopolite c’est l’image du graffiti qui change : « Changer les regards, on espère. Là maintenant, les gens commencent à faire la différence entre le graffiti artistique, les fresques autorisées sur les murs dédiés à cet effet et les tags, les choses un plus sauvages pour lesquelles il n’y a pas plus de tolérance que ça.» Au-delà de la distinction et du discernement, il y aussi cette idée d’acceptation du festival sur le territoire. Le fait d’avoir amené les choses petit à petit, d’abord sur demande de la ville et d’avoir instauré un rapport de proximité avec la population a permis cette acceptation. Ensuite, il y a cette d’idée de répétition : plus le festival sera pérenne et bien organisé, plus il sera légitime aux yeux de la population : « Le public a enfin accepté le festival, il ne fait plus partie des évènements dont on doute de leur existence et de leur légitimité, maintenant il est vraiment là. […] Ça interpelle les peintres et les œuvres elles-mêmes différemment. Il y a vraiment eu un apprentissage de la population sur le graffiti. En plus, comme la redite est là, inconsciemment ça rentre dans les meurs et du coup, on est reconnu par les jeunes, par les parents, par les personnes âgées parce que, à un moment donné, il y a un travail de fond qui a été fait sur le festival. Chaque année on invitait les gens de la barre où il y a la fresque à venir nous rencontrer et l’écho était largement diffusé, ce qui fait que maintenant c’est rentré dans les habitudes. […] Même moi parfois je suis assez étonné tout à coup de voir l’acceptation et la compréhension de ce que peut représenter un mur peint.» (Gilbert Petit) On se rend compte que le rapport à l’artiste est déterminant dans la manière dont le public va appréhender l’œuvre. C’est peut-être ce qui manquait à la pratique du graffiti, un rapport direct entre l’artiste, l’œuvre et son public ; cette relation participe à faire évoluer les regards. Le public ne se sent pas rejeté mais invité à partager un moment de création. La violence symbolique de l’anonymat qui souligne une volonté d’enfermement est alors mise de côté pour s’ouvrir aux gens. De son côté le public accepte de se détacher de certains préjugés pour évoluer vers une image plus positive du graffiti : « Oui, je pense qu’ils avaient un regard très brut sans forcément de discernement, la chose là qui leur plait c’est qu’ils peuvent voir l’œuvre se faire, la comprendre, discuter avec celui qui l’a fait et se l’approprier. A partir de là ils n’ont l’impression de retrouver tout à coup devant le fait accompli, on ne leur impose pas l’œuvre. Il y a vraiment une curiosité qui est travaillée à travers le festival. Le seul fait de voir peindre l’artiste permet au public de se rendre compte qu’il y a une démarche et un dynamisme et que ce n’est pas quelque chose de propulsé et de balancé comme ça. Et donc ça c’est une évolution et une particularité du festival par à ça, par rapport au fait que l’on mette à jour la pratique. Le festival n’est pas fermé sur son milieu, il prend en compte l’environnement dans lequel il évolue et en sens prend une dimension sociale..» (Gilbert Petit). Les médias semblent jouer un rôle déterminant dans la diffusion de la pratique. Ce sont eux qui créent l’attente, le désir et Kosmopolite cherche justement dans cette optique à toucher des médias non plus seulement spécialisés mais aussi généralistes, toujours dans cette idée d’ouvrir l’image du graffiti, que celle-ci ne soit plus souterraine mais qu’elle soit diffusée au grand jour. Les médias sont également un moyen de crédibiliser la pratique : « Le fait est que la presse et les médias s’en sont fait largement l’écho et ça a mis en place une attente par rapport à la population. La presse connaît à peu près les dates et à chaque fois ils nous demandent « Alors cette année Kosmo, ça se passe quand ? […] Les gens le connaissent en fait par les médias plus qu’autre chose, mais il leur arrive de passer voir le mur parce qu’on l’a vu aux infos ou on en a entendu parler dans 20 minutes, Libération ou le Parisien. Suite à ça les gens de Bagnolet ont un certain orgueil car ils voient que leur ville est valorisée et que c’est une particularité qui est assez unique. » (Gilbert Petit) |
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